Ouvrir un compte bancaire en Roumanie : démarches, documents et banques

Ouvrir un compte bancaire en Roumanie est une étape incontournable pour tout entrepreneur qui crée une structure dans le pays, mais aussi pour les particuliers et expatriés qui s’y installent. C’est souvent l’opération la plus exigeante de l’ensemble du montage : les banques roumaines appliquent des procédures de connaissance du client (KYC) strictes, et la situation de non-résident complique parfois la collecte des justificatifs. Bien préparé, le processus reste néanmoins parfaitement accessible, à condition de comprendre les règles locales et le fonctionnement du système bancaire roumain. La Roumanie est membre de l’Union européenne depuis 2007 et fait désormais partie de l’espace Schengen complet depuis le 1er janvier 2025, mais elle n’appartient pas à la zone euro. La monnaie nationale reste le leu roumain (RON), qui s’échange autour de 5 RON pour 1 euro. Concrètement, cela signifie que la plupart des comptes ouverts en Roumanie sont des comptes multidevises, combinant un compartiment en RON et un compartiment en EUR, ce qui répond aux besoins quotidiens locaux comme aux opérations en devise européenne. Ce guide détaille les banques disponibles, les documents requis selon votre profil, le rôle du numéro fiscal, les frais à prévoir et les spécificités du compte professionnel.

Façade d'une banque roumaine dans le quartier des affaires de Bucarest

Le paysage bancaire roumain : banques traditionnelles et néobanques

Le marché bancaire roumain est mature et concurrentiel, dominé par quelques grands établissements traditionnels. La première banque du pays est Banca Transilvania, un acteur local de premier plan présent sur tout le territoire. Viennent ensuite des filiales de grands groupes européens : BCR, rattachée au groupe autrichien Erste, BRD, qui appartient au groupe Société Générale, ING Bank, Raiffeisen Bank, UniCredit Bank, ainsi que CEC Bank, l’établissement public historique.

Pour un entrepreneur francophone, BRD présente un atout particulier : son appartenance au groupe Société Générale facilite parfois les échanges et offre une continuité avec un univers bancaire familier. Cela ne dispense toutefois pas des procédures locales, identiques pour tous les établissements roumains. Chaque banque a sa propre politique d’acceptation des non-résidents : certaines sont plus ouvertes que d’autres aux dossiers étrangers, et il est rarement inutile de solliciter plusieurs établissements en parallèle.

À côté des banques traditionnelles, les néobanques et établissements de monnaie électronique (EMI) ont pris une place importante. Wise et Revolut sont très utilisés en Roumanie ; Revolut dispose d’une licence bancaire européenne et y est largement implanté. Ces solutions permettent d’obtenir rapidement un IBAN et de gérer plusieurs devises, mais elles ne remplacent pas toujours un compte ouvert auprès d’une banque locale, notamment lorsqu’une société a besoin d’un IBAN roumain (préfixe RO) pour ses relations avec l’administration fiscale, ses salariés ou certains partenaires.

Ouvrir un compte bancaire en Roumanie en tant que non-résident

Le cas du non-résident est le plus délicat. Les banques roumaines appliquent un KYC strict, hérité des règles européennes de lutte contre le blanchiment, et demandent fréquemment la présence physique de l’administrateur lors de l’ouverture du compte professionnel. Cette exigence de présence est l’un des points qui surprend le plus les entrepreneurs étrangers : il faut souvent prévoir un déplacement en Roumanie, au moins pour la signature et la vérification d’identité.

Au-delà de l’identité, l’établissement cherche à comprendre l’activité réelle et l’origine des fonds. Vous devrez justifier la nature de votre activité (objet social, contrats, factures, business plan) et fournir un justificatif d’adresse. Pour les personnes physiques, un numéro fiscal roumain — le CNP (Cod Numeric Personal) pour les résidents, ou un numéro d’identification fiscale (NIF) attribué aux non-résidents — peut être demandé selon les cas et selon la banque.

Une fois le compte ouvert, vous obtenez un IBAN roumain au format RO, intégré au réseau SEPA, ce qui permet des virements en euros vers et depuis l’ensemble de l’espace européen. Il faut enfin garder à l’esprit les obligations de transparence internationale : dans le cadre des dispositifs CRS et FATCA, l’existence du compte est signalée automatiquement entre administrations fiscales. Côté français, un résident fiscal doit déclarer tout compte détenu à l’étranger via le formulaire 3916, joint à la déclaration de revenus. Cette étape de domiciliation bancaire s’inscrit dans la logique plus large qui consiste à créer une société en Roumanie avec une véritable substance économique sur place.

Les documents nécessaires selon votre profil

Les pièces demandées varient selon que vous ouvrez un compte personnel, un compte d’entrepreneur individuel ou un compte de société. Le tableau ci-dessous résume les justificatifs les plus couramment exigés. Il s’agit d’une base indicative : chaque banque peut compléter cette liste, notamment pour les non-résidents.

ProfilDocuments généralement requis
Particulier / expatriéPasseport ou carte d’identité, justificatif de domicile, parfois CNP ou NIF, justificatif de revenus
Entrepreneur (PFA / personne physique)Pièce d’identité, certificat d’enregistrement de l’activité, justificatif fiscal, justificatif d’adresse
Société (SRL / SA)Certificat d’immatriculation (CUI), statuts, extrait du registre du commerce (ONRC), pièce d’identité de l’administrateur, justificatif du siège social

Pour une société, le document central est le certificat d’enregistrement délivré par l’ONRC (Oficiul Național al Registrului Comerțului), qui atteste l’existence juridique de l’entité et porte le CUI, son code unique d’enregistrement. Les statuts et la preuve du siège social en Roumanie complètent le dossier. La banque vérifie également l’identité du ou des bénéficiaires effectifs et des personnes autorisées à faire fonctionner le compte.

Personne examinant des documents bancaires roumains avec une application de banque mobile

Frais d’ouverture et frais mensuels à prévoir

L’ouverture d’un compte est dans la plupart des cas gratuite ou facturée à un montant modique. Ce sont surtout les frais de tenue de compte et les commissions sur opérations qui méritent attention. Les banques roumaines proposent généralement des forfaits mensuels incluant un certain nombre de virements, une carte et la banque en ligne ; au-delà, des frais à l’opération s’appliquent.

Les comptes professionnels coûtent en général davantage que les comptes personnels, en raison du volume d’opérations et des services associés (encaissements multiples, accès multi-utilisateurs, terminaux de paiement). Il convient aussi de comparer les frais de change : comme la Roumanie utilise le leu, toute conversion entre RON et EUR génère un coût qu’il faut anticiper si une part importante de votre activité est libellée en euros. C’est précisément là que les comptes multidevises et, pour certaines opérations, les solutions de type EMI peuvent réduire la facture.

Avant de choisir, demandez systématiquement la grille tarifaire complète et lisez les conditions sur les virements internationaux hors SEPA, souvent plus onéreux. La transparence sur les frais est variable d’un établissement à l’autre, et un forfait apparemment économique peut se révéler coûteux dès que l’on multiplie les opérations en devises.

Compte personnel ou compte professionnel : quelles différences ?

La distinction entre compte personnel et compte professionnel est fondamentale et structure tout le reste. Le compte personnel sert aux dépenses privées d’un particulier ou d’un expatrié installé en Roumanie ; son ouverture est relativement simple si vous disposez d’une adresse locale et des justificatifs d’identité. Le compte professionnel, lui, est rattaché à une entité juridique (une SRL, par exemple) ou à un entrepreneur individuel, et obéit à des contrôles renforcés.

Pour une société, le compte professionnel est indispensable dès la constitution : il sert notamment à recevoir le capital social et à séparer clairement le patrimoine de l’entreprise de celui de ses associés. Le choix de la forme juridique influence d’ailleurs la nature du compte et les justificatifs demandés ; les différents types de sociétés en Roumanie n’impliquent pas les mêmes formalités bancaires, une SA par actions n’étant pas traitée comme une petite SRL à associé unique.

Mélanger comptes personnel et professionnel est une erreur fréquente qui complique la comptabilité et peut soulever des questions lors d’un contrôle. Mieux vaut, dès le départ, ouvrir un compte dédié à l’activité de la société, distinct de tout compte privé, et n’utiliser ce dernier que pour les besoins personnels.

Ouverture en ligne et à distance : ce qui est possible

La question de l’ouverture en ligne revient systématiquement chez les entrepreneurs étrangers, soucieux d’éviter les déplacements. La réalité est nuancée. Pour un compte personnel, certaines banques roumaines proposent un parcours d’entrée en relation partiellement digitalisé, avec vérification d’identité à distance, mais l’éligibilité dépend largement du statut de résident et de la politique de l’établissement.

Pour un compte professionnel, en revanche, la présence de l’administrateur reste très souvent exigée au moins une fois, en agence, pour la signature et la vérification des originaux. Les néobanques et EMI comme Wise et Revolut offrent quant à elles une ouverture entièrement en ligne et constituent une solution d’appoint efficace pour disposer rapidement d’un IBAN multidevises, le temps que le compte bancaire traditionnel soit opérationnel.

Dans tous les cas, un interlocuteur francophone implanté sur place peut, à titre indicatif, vous aider à préparer le dossier, à identifier les banques les plus ouvertes aux non-résidents et à organiser le rendez-vous. Cette assistance ne remplace pas la décision de la banque, qui reste seule maîtresse de l’acceptation du dossier, mais elle réduit sensiblement les allers-retours et les risques de refus pour pièce manquante. Le coût bancaire est par ailleurs à intégrer dans une réflexion globale sur les impôts en Roumanie et la rentabilité de votre projet.

Critères d’acceptation et bonnes pratiques

Au-delà des documents, les banques évaluent la cohérence d’ensemble du dossier. Un projet doté d’une activité claire, d’un siège social réel et d’une gouvernance identifiable inspire confiance ; à l’inverse, une structure perçue comme purement artificielle ou opaque sera scrutée de près, voire refusée. La notion de substance économique, qui revient dans les discussions fiscales, vaut aussi côté bancaire.

Préparez un dossier complet et ordonné avant le rendez-vous : pièces d’identité valides, documents d’enregistrement de la société, justificatif de siège, description précise de l’activité et, si possible, premiers contrats ou commandes. Soyez prêt à expliquer l’origine des fonds et la logique économique de votre implantation en Roumanie. Plus le dossier est lisible, plus l’ouverture est fluide.

Enfin, anticipez les délais et ne dépendez pas d’un seul établissement. Approcher deux ou trois banques en parallèle, traditionnelles comme néobanques, sécurise l’obtention d’au moins un compte fonctionnel dans des conditions raisonnables. C’est une étape qui demande de la patience, mais qui conditionne tout le fonctionnement opérationnel de votre société.

Questions fréquentes

Quelles sont les étapes pour ouvrir un compte bancaire en Roumanie ?

Il faut d’abord choisir un ou plusieurs établissements, puis constituer un dossier de justificatifs (identité, activité, adresse, documents de la société). Vient ensuite la vérification KYC, généralement avec un rendez-vous en agence pour un compte professionnel. Une fois le dossier validé, la banque délivre un IBAN roumain au format RO, utilisable sur le réseau SEPA.

Quels documents sont demandés selon mon profil ?

Un particulier ou expatrié fournit une pièce d’identité, un justificatif de domicile et parfois un numéro fiscal (CNP ou NIF). Un entrepreneur individuel ajoute le certificat d’enregistrement de son activité. Pour une société, la banque exige le certificat d’immatriculation portant le CUI, les statuts, l’extrait du registre du commerce (ONRC) et la pièce d’identité de l’administrateur.

Peut-on ouvrir un compte à distance ou en ligne ?

Pour un compte personnel, certaines banques proposent un parcours partiellement digitalisé selon le statut de résident. Pour un compte professionnel, la présence de l’administrateur est très souvent demandée au moins une fois en agence. Les néobanques comme Wise et Revolut permettent en revanche une ouverture entièrement en ligne et un IBAN multidevises rapide.

Banques traditionnelles ou néobanques : que choisir ?

Les banques traditionnelles (Banca Transilvania, BCR, BRD, ING, Raiffeisen, UniCredit, CEC Bank) délivrent un IBAN roumain RO indispensable pour les relations avec l’administration, les salariés et certains partenaires. Les néobanques et EMI offrent rapidité et gestion multidevises, mais ne remplacent pas toujours un compte local. Beaucoup d’entrepreneurs combinent les deux.

Quelles spécificités pour un compte de société ?

Le compte professionnel d’une SRL ou d’une SA est soumis à des contrôles renforcés et sert notamment à recevoir le capital social. Il sépare le patrimoine de l’entreprise de celui des associés, ce qui est essentiel pour la comptabilité et en cas de contrôle. Comme la Roumanie n’est pas dans la zone euro, ce compte est généralement multidevises, avec un compartiment en RON et un compartiment en EUR.

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